Traduire des termes à connotation sexiste

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En traduction, on croise parfois des mots qui ont l’air très simples à la première lecture, mais qui s’avèrent beaucoup plus compliqués que prévu… et nous font perdre un temps fou !

On parle souvent de l’égalité hommes-femmes et de la neutralité des noms de métiers. En revanche, on parle moins souvent de la difficulté de transposer ces noms d’une culture à une autre. Ce sont parfois de véritables casse-tête. En traduisant des factures du japonais vers le français, j’ai rencontré deux petits mots, a priori inoffensifs, qui m’ont pourtant occupée une bonne heure : promotion girl (プロ―モーションガール) et macho (マッチョ).

Promotion girl… plus féminin, tu meurs !

Promotion Girl
Corps de femme, par efes sur Pixabay.com

Une image vous vient peut-être à l’esprit : les babes (bel anglicisme !) que l’on voit dans certains salons ou magazines. Difficile d’imaginer des hommes… quoique les japonais ne manquent pas d’imagination à ce sujet, comme vous le verrez plus bas.

Petite vérification dans mes documents de travail : non, le mot promotion girl ne désigne pas des femmes en petite tenue. Elles sont habillées de façon plus élégante, mais elles ont clairement été choisies pour leur physique. Leur rôle : accueillir les visiteurs et les pousser à acheter. Nous approchons dangereusement des frontières du sexisme… Heureusement pour nous, il existe un nom de métier bien établi en français et qui a le mérite d’être neutre, donc respectueux : hôtesse.

Mon métier ? Macho.

Corps d'homme musclé
Corps d’homme musclé, par TheDigitalArtist sur Pixabay.com

Passons au niveau supérieur, un nom de métier réservé aux hommes, peu flatteur en français : le macho. Savez-vous ce qu’est un macho au Japon ? Moi non plus… Après enquête, voici ce que je vous ai déniché : le Macho Café de Tokyo, un bar dans lequel vous aurez le plaisir d’être servi par des hommes musclés, bronzés et transpirants de virilité. Rassurez-vous, nous ne nous sommes pas perdus dans les méandres d’Internet. Tout concorde avec mes informations. Dans le contexte qui nous intéresse, il ne s’agit pas de serveurs, mais d’hommes chargés de mettre l’ambiance en boîte de nuit et d’inciter à la consommation.

Un traducteur doit rester neutre et transmettre le message d’origine fidèlement, sans introduire de jugement de valeur ou d’ambiguïté. Facile à dire, quand on ne trouve pas de métier équivalent en France. Comble de la malchance, le mot « macho », transposé tel quel en français, est l’incarnation même d’un jugement de valeur… négatif, en plus ! Une seule solution : inventer un nom un peu plus neutre.

Au final, que cherche-t-on à exprimer?

Quand on traduit, il ne faut pas perdre de vue un élément très important : la finalité de la traduction. Qui va lire cette traduction et pourquoi ? D’un contexte à l’autre, une même traduction peut prendre un visage complètement différent. Pour rappel, je traduisais une facture. L’idée n’était donc pas de vendre le métier de macho, mais d’expliquer au client la nature d’une dépense.

En s’inspirant du métier d’hôtesse et en tenant compte du rôle d’un macho, j’ai opté pour le nom « animateur ». Pas très exotique, je vous l’accorde… Les muscles, le bronzage et les excès de virilité ont disparu, mais avons conservé l’homme et sa mission de mettre de l’ambiance… tout en évitant de porter un jugement de valeur. Le client a obtenu les renseignements dont il avait besoin pour poursuivre son travail : mission accomplie !

Par contre, comment aurions-nous traduit ce nom si nous l’avions croisé dans une brochure ou un guide touristique ? Que faire si on avait dû trouver un nom un peu plus sexy ? Je pencherais pour « chauffeur d’ambiance ». Et vous ?


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