Menottes et clavier
Mains menottées et clavier, par lechenie-narkomanii sur Pixabay.com

Quel est le comble du traducteur de japonais ? Ne pas savoir écrire en japonais. Ceci n’est pas une blague, mais une menace qui pèse sur tous les traducteurs de japonais peu attentifs…

Le clavier japonais, ce faux ami qui vous fait perdre la mémoire

Le traducteur de japonais dispose de nombreux outils informatiques et électroniques pour l’aider au quotidien. Ordinateur, téléphone, tablette… il est de plus en plus rare d’attraper un papier et un stylo pour écrire en japonais.

Le fonctionnement du clavier japonais est simple : tout est phonétique. Vous tapez des syllabes, que votre appareil convertit en caractères japonais. Imaginons que vous vouliez écrire le caractère du vent, qui se prononce kazé. Vous taperez sur le clavier les syllabes « ka » et « ze », et le caractère « 風 » s’affichera automatiquement à l’écran. Pratique, me direz-vous… et vous aurez parfaitement raison ! C’est un jeu d’enfant d’écrire en japonais sur ordinateur ou téléphone.

Malheureusement, à force de ne pas pratiquer, on oublie. Un beau jour, en réunion, alors que vous discutez avec votre voisin de table de la beauté de la langue japonaise… vous découvrez avec horreur que vous ne savez quasiment plus écrire. Black-out total. Aucun caractère ne veut sortir. Vous êtes victime d’un phénomène courant : votre cerveau est devenu paresseux. À quoi bon retenir les caractères, si votre outil de travail principal vous les retrouve sans le moindre effort ?

Il se passe un peu la même chose pour les Français qui écrivent n’importe comment, à force de se reposer sur le correcteur orthographique. Même les Japonais, qui vivent pourtant en immersion totale dans leur langue maternelle, oublient régulièrement des caractères. Imaginez alors le calvaire du traducteur de japonais qui réside en France ! Évidemment, un traducteur professionnel ne peut pas se permettre de laisser ses connaissances se dégrader. Il va donc mettre en place des solutions pour entretenir sa maîtrise du japonais au quotidien. Voici la mienne.

Main et stylo
Main et stylo, par Free-Photos sur Pixabay.com

Si on ne peut pas se passer de l’informatique, il faut en contrer les effets.

Voici un aspect méconnu du travail du traducteur de japonais : l’entretien des connaissances. Le traducteur peut difficilement abandonner l’ordinateur et demander à ses clients d’en faire autant. Il doit donc accepter ce fameux risque d’oubli et trouver des parades.

J’ai eu le plaisir de suivre un cours en ligne (MOOC) sur l’apprentissage et le cerveau humain, intitulé Image page Web  Learning How to Learn [Apprendre à apprendre], de Barbara Oakley et Terrence Sejnowski. Si vous comprenez l’anglais, je vous recommande chaudement de suivre ce cours. Vous y apprendrez (ou redécouvrirez), entre autres, que la clé d’un apprentissage durable est la régularité.

J’ai donc mis en place une routine. Chaque matin, ma première tâche professionnelle consiste à réviser quelques caractères japonais. Je me tiens à ce programme, quelle que soit la charge de travail qui m’attend derrière. Si j’ai une traduction urgente, je préfère me lever plus tôt que zapper cette demi-heure de révision. Deuxième obligation du jour : lire en japonais au moins une heure. Si je bloque sur le sens ou sur la prononciation d’un caractère, je m’interdis toute vérification sur Internet ou dans un dictionnaire papier, car je sais que la réponse se trouve quelque part dans ma tête. De cette façon, j’empêche mon cerveau de se reposer sur autre chose que lui-même.

Comment maîtriser durablement plus de 2 000 caractères japonais ?

Le ministère japonais de la Culture a publié une liste de 2 141 caractères japonais courants. C’est sans compter les caractères rares et plus exotiques que l’on retrouve dans la littérature classique, les milieux spécialisés (droit, médecine, industrie, etc.) ou certains Image page Web noms et prénoms japonais. En maîtrisant les 2 141 caractères courants, vous êtes en théorie capable de lire sans effort la presse et les livres généralistes.

Effrayant, n’est-ce pas ? Beaucoup d’étudiants en japonais considèrent les caractères japonais comme leur bête noire. En effet, les universités françaises leur demandent d’assimiler en 3 ans ce que les Japonais apprennent… en plus de 10 ans, de la primaire au lycée. Rassurez-vous, il existe de très bons outils pour apprendre les caractères japonais. Voici mes deux favoris.

Kakitori-kun, votre professeur de caractères japonais sur Nintendo DS

Jaquette du jeu Tadashii kanji kakitori-kun sur Nintendo DS
Tadashii kanji kakitori-kun sur Nintendo DS

Qui a dit que les jeux vidéo rendent idiot ? Permettez-moi de décevoir ces personnes, car l’un de mes outils préférés pour apprendre et réviser les caractères japonais n’est rien d’autre qu’un jeu vidéo. Son nom exact est Image page Web Tadashii kanji kakitori-kun, kondo wa kanken taisaku dayo! (正しい漢字 かきとりくん 今度は漢検対策だよ!) [Votre ami Kakitori pour bien écrire les caractères japonais : cette fois, on se prépare pour les examens !]. Le jeu est entièrement en japonais et ne s’adresse donc pas aux débutants.

On y trouve un nombre incroyable d’exercices pratiques pour maîtriser les caractères sur le bout des doigts :

  • tracer les caractères correctement ;
  • remplir des phrases à trou avec le bon caractère ;
  • indiquer la prononciation de caractères seuls ou de mots composés ;
  • repérer la clé d’un caractère (élément qui permet de se repérer dans un dictionnaire, puisqu’il n’y a pas d’ordre alphabétique) ;
  • repérer le nombre de traits qui composent un caractère (autre élément qui permet de se repérer dans un dictionnaire) ;
  • passer des examens blancs complets, du niveau de votre choix (6 niveaux pour l’école primaire, 2 niveaux pour le collège et 1 niveau pour le lycée).

Grâce à l’écran tactile de la console Nintendo DS (ou 2DS/3DS), vous pratiquez l’écriture, sans gâcher des litres d’encre et des kilomètres de papier. Le système de reconnaissance est précis et très exigeant. Si votre caractère est un peu difforme ou tremblotant, si vous ne tracez pas chaque trait dans le bon ordre ou si vous oubliez un trait, aussi petit soit-il, vous êtes recalé.

Un seul bémol : le jeu date de 2001. Il porte sur 1 945 caractères seulement, sans les 196 nouveaux caractères courants que le ministère japonais de la Culture a ajoutés en 2010.

Anki, un logiciel pour créer vos propres cartes de révision

Logo du logiciel Anki
Logo du logiciel Anki

Vous connaissez peut-être Image page Web Anki, un logiciel gratuit qui permet de créer des cartes de révision électroniques. Son nom fait écho au verbe japonais anki-suru (暗記する), qui signifie « apprendre par cœur ». Comme pour vos cartes papier, on vous présente une face et vous devez vous rappeler ce qui est écrit de l’autre côté. C’est un outil très utile pour apprendre des tas de choses : les pays et leurs capitales, les parties du corps humain, les éléments chimiques et leur symbole, etc. Il est donc très répandu chez les étudiants, surtout les étudiants en langues, qui doivent ingurgiter une quantité astronomique de mots de vocabulaire.

Vous pouvez synchroniser vos paquets de cartes entre votre ordinateur, votre téléphone et votre tablette, pour travailler de n’importe où. Vous pouvez même les partager en ligne avec d’autres utilisateurs. En fonction de vos résultats, le logiciel choisit automatiquement les cartes que vous réviserez à la prochaine session.

Tout est paramétrable :

  • la fréquence des révisions ;
  • le nombre de cartes à réviser à chaque session ;
  • l’apparence des cartes ;
  • l’intégration d’images, de sons et de vidéos.

Vous trouverez des Image vidéo vidéos de démonstration sur YouTube.

Rien n’est inné, tout se mérite.

Que ce soit une langue étrangère ou un domaine de spécialité, la maîtrise n’est jamais innée. On la bâtit petit à petit pendant des années, à la sueur de son front, et on la consolide tout au long de sa vie. C’est très frustrant de découvrir que vos outils de travail vous jouent des tours et nuisent à votre mémoire.

Une seule solution : redoubler d’efforts et s’imposer une grande régularité. Dans mon cas, cela se traduit par une bonne heure et demie de révision chaque jour. C’est une belle charge de travail supplémentaire au quotidien, mais cela fait partie du métier. Après tout, l’excellence a un prix.

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